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Éviter un plus gros malaise des infirmiers et infirmières

09/11/2020

Infirmières, infirmiers, aide-soignant(e)s étaient déjà très éprouvés avant l’arrivée du coronavirus. En cause : une dégradation depuis plusieurs années de leurs conditions de travail. Si rien ne bouge, la profession pourrait très vite se retrouver aux soins intensifs. Il faut que cela change, mais comment ?

L’Organisation mondiale de la santé a proclamé 2020 « Année des infirmiers ». 2020 marque en effet le 200e anniversaire de la naissance de Florence Nightingale, la pionnière des soins infirmiers modernes. La fête a pourtant viré au cauchemar pour les professionnels de la santé à cause du coronavirus, l’invité que personne n’attendait.

La Covid-19 n’est toutefois pas la seule responsable du malaise profond de toute la profession. En juin 2019 déjà, infirmières et infirmiers lançaient les « Mardis des blouses blanches », des marches hebdomadaires pour dénoncer « l’augmentation de la charge de travail, de la cadence, la flexibilité accrue, la polyvalence et le manque de personnel ». Après plusieurs mois de mobilisation, rien n’a changé et l’épuisement est à son comble.

Le burn-out guette plus de 2 infirmier(e)s sur 3

« Je suis infirmière depuis plus de 20 ans, j’aime énormément mon métier, je ne gagne pas si mal ma vie grâce aux gardes, mais depuis quelques mois, j’envisage très sérieusement de le quitter, témoigne Isabelle* qui exerce dans un grand hôpital liégeois. Je n’ai plus le temps d’être à l’écoute des patients et de les soigner comme il le faudrait. Dans mon service, il faudrait deux à trois équivalents temps plein supplémentaires. Je dois jongler entre les impératifs économiques de l’hôpital, l’administratif, l’évolution technologique du matériel, les plus jeunes à former, la pression des malades qui pestent d’attendre leurs soins et maintenant la Covid-19. Je suis à bout. Est-ce que ça en vaut le coup ? Je n’en suis plus certaine… »

Ils sont nombreux comme Isabelle à se plaindre de la déshumanisation de la profession, des rythmes effrénés, des exigences d’efficacité, de l’urgence constante, de la flexibilité accrue, de la perte de sens, du manque de reconnaissance. L’épuisement émotionnel, mental et physique lié à un surmenage de longue durée fait des dégâts chez les infirmier(e)s : 61% des infirmiers sont à risque de burn-out, 68% des infirmières. Un sur quatre n’est pas satisfait de son travail.

Mettre en place une vraie politique d’aide

À tout cela s’ajoute une autre peur, comme le confirme Isabelle : « Nous devons nous occuper d’un nombre bien plus élevé de patients que ce que recommande la norme internationale. Cela devient dangereux, pour les malades mais aussi pour nous. » En effet, le personnel médical doit désormais prouver ses actes en cas de procédure judiciaire, ce qui induit une tension supplémentaire.

Alors que faire pour enrayer cette spirale infernale dans laquelle sont plongés les infirmier(e)s ? Une étude publiée début 2020 par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé est très claire : « Il est nécessaire de mettre en place une politique fixant un nombre légal maximum de patients par infirmier, et d’y investir les moyens nécessaires, afin d’améliorer à la fois les conditions de travail des infirmiers et la sécurité des soins. Les tâches qui ne relèvent pas des soins infirmiers devraient être prises en charge par d’autres professionnels. Comme on le voit dans d’autres pays, ces mesures permettraient d’augmenter l’attrait de la profession, d’y attirer un plus grand nombre de nouvelles recrues et de diminuer le nombre d’abandons. »

Pour Isabelle, « ce serait en effet un bon début, encore faut-il que ce message résonne aux oreilles des gestionnaires d’hôpitaux mais surtout des hommes et femmes politiques. Pour moi, en tout cas, il est trop tard. »

Vous avez applaudi le personnel des soins de santé chaque soir ces derniers mois ? Pour les soutenir davantage dans leur combat quotidien, aidez-nous à interpeller les pouvoirs politiques sur leurs conditions de travail en signant notre pétition. Pour qu’il ne soit plus jamais trop tard…

*Le prénom a été modifié

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